Mère – Matrice – Océan – Eau – Origine – Effondrement – Mort – Extinction – Débris… La chaîne signifiante commence à glisser autour du trou noir. J’ai transformé la froideur de mes mains tenant l’urne funéraire de mon grand père en sculptures de boîtes en verre — scellées, figées, commémorées. Ainsi, à partir de The Great Flood, les notions de débris, musée, insaisissabilité sont devenues les fils conducteurs de mon travail. Tous les êtres vivants meurent, et un jour, la civilisation humaine disparaîtra. Mais avant cela, l’humanité peut-elle réellement atteindre la vérité du monde ? Avec le progrès technologique, le savoir encyclopédique, figé dans des manuels, ne contribue-t-il pas à masquer encore davantage cette vérité ? La représentation du monde construite par le langage et les symboles présente-t-elle des fissures ? Comme je l’explore dans Event Horizon, le discours du pouvoir peut imposer à l’humanité un système de calendrier universel, déterminant ainsi la manière dont nous "percevons" le temps et d’autres dimensions fondamentales de notre existence. Et ces systèmes de savoir, artificiellement construits, révèlent à l’ère de l’intelligence artificielle un effet de rumination en boucle, à la manière d’un ruban de Möbius.
Bois mort – Terre – Roches sédimentaires – Encre – Minéraux – Fossiles – Images spatiales – Dispositifs technologiques… L'extension du trou noir se matérialise à sa périphérie sous forme d’installation, de sculpture, de photographie, de sonore, de vidéo et de peinture. Mes œuvres prennent toujours forme à travers la fusion d'éléments naturels et d’objets technologiques. Elles reflètent à la fois le processus de cristallisation du monde et l’effondrement de ses apparences.
Ma série Trou noir du Savoir se déploie sous forme de chapitres, comme un roman de science-fiction et de philosophie en cours de publication. Chaque chapitre s’ouvre sur un mot extrait du répertoire du savoir humain— autant d’allégories réflexives de différentes étapes de ma confrontation au réel contemporain, et un jour, elle se terminera par La mort de l’auteure.
Je souhaite que le public prenne conscience de l’impermanence et de la fragilité des diverses apparences du monde, qu’il en remette en question la réalité, afin de parvenir à la compréhension de la śūnyatā (vacuité) telle que décrite dans le bouddhisme.
All conditioned phenomena
Are like dreams, illusions, bubbles, shadows;
Like dew and lightning.
One should contemplate them in this way
── from Vajracchedika Prajnaparamita Sutra (Diamond Sutra)